71ème session plénière à Berlin
71e session plénière du Conseil culturel franco-allemand à Berlin : la politique culturelle face aux défis de l’IA, de la désinformation, un enjeu pour la coopération européenne
Berlin, le 29 mai 2026

Le 18 mai 2026, le Haut Conseil culturel franco-allemand (HCCFA) s’est réuni pour sa 71e session plénière dans les locaux de la représentation de la Commission européenne à Berlin en présence de sa directrice, Barbara Gessler. Les participants ont abordé les enjeux prioritaires de notre époque en matière de politique culturelle, dans le prolongement des discussions menées lors de la dernière session à Paris.
Cette session a notamment abordé les priorités portées par le dernier Conseil des ministres franco-allemand de Toulon du 28 août 2025 : défendre le modèle européen de valeurs face aux rivalités géopolitiques toujours plus exacerbées ainsi qu’aux ingérences qui visent à saper la démocratie et le pluralisme. Dans ce contexte, il a été rappelé que la coopération franco-allemande s’inscrit au service de la construction européenne, conformément au traité d’Aix-la-Chapelle de 2019.
Le premier échange a porté sur l’utilisation de l’Intelligence artificielle (IA) générative dans les secteurs culturels et créatifs, ainsi que les la nécessité d’une réglementation. Les débats ont mis en évidence la complexité des différents contextes réglementaires. Le HCCFA a de nouveau souligné l’impact sociétal du sujet et la nécessité d’une réflexion approfondie sur la manière dont nous souhaitons façonner notre avenir démocratique.
De fait, bien qu’un cadre réglementaire existe au niveau de l’UE depuis l’IA Act, son application demeure insuffisante. Le HCCFA estime que le Bureau européen de l’IA doit faire preuve de davantage de fermeté à l’égard des entreprises technologiques et renforcer le contrôle du respect des lois en vigueur. Il est inacceptable que les grands groupes se défaussent de leurs responsabilités en investissant massivement dans des experts juridiques et en exploitant les lacunes réglementaires. L’Allemagne et la France sont appelées à jouer un rôle moteur au niveau européen afin de consolider le socle de valeurs communes et de garantir le respect de l’État de droit.
« Les échanges approfondis sur les enjeux liés à l’IA générative ont une fois de plus démontré l’importance cruciale d’un suivi attentif de ses multiples facettes, qui englobe à la fois les défis réglementaires et son utilisation dans divers sous-secteurs des industries culturelles et créatives. Le Haut conseil culturel franco-allemand maintient une position claire concernant le droit d’auteur européen, soulignant qu’il doit être applicable même aux développeurs d’IA. De manière générale, les discussions avec les membres ont mis en évidence l’importance de défendre les intérêts communs, compte tenu notamment de l’ampleur du sujet, qui dépasse largement le cadre du droit d’auteur. Il est désormais évident que le débat actuel autour de cette innovation technologique touche aux principes fondamentaux de notre constitution démocratique, notamment à l’ancrage de la dignité humaine. »
Dr. Florian Drücke, Co-président allemand du HCCFA
La suite des travaux a abordé le champ médiatique, le HCCFA soulignant que la cohésion européenne est la réponse essentielle aux défis de notre époque.
« Nous faisons face à une lutte mondiale. Le principal levier de nos compétiteurs, qui ne partagent pas nos valeurs, est d’attiser nos fragmentations en influençant nos imaginaires. Notre réponse doit être à l’échelle européenne ».
Jérôme Spinoza, Secrétaire général français du HCCFA
Ensuite, les directrices de la Deutsche Welle, Barbara Massing, et de France Médias Monde, Marie Christine Saragosse, ont présenté le « bouclier pour l’information », lancé conjointement par les deux groupes suite au conseil ministériel franco-allemand d’août 2025 et qui prolonge un partenariat de longue date entre FMM et la DW. Alors qu’il importe d’agir résolument et rapidement contre la désinformation qui s’intensifie du fait des tensions géopolitiques et de l’utilisation des nouvelles technologies, cette initiative vise à protéger l’espace démocratique et la diversité culturelle en dépassant la fragmentation du paysage médiatique européen. Les deux groupes misent sur un journalisme de qualité, adapté à chaque public cible et rédigé dans la langue locale. Les deux groupes misent sur un journalisme de qualité, adapté à chaque public cible et rédigé dans la langue locale (600 millions d’utilisateurs dans 35 langues à travers le monde, canaux très diversifiés), en particulier dans des contextes électoraux (Moldavie récemment). Le HCCFA a salué expressément cette coopération exemplaire.
Les deux représentantes ont insisté sur l’urgence d’une réglementation efficace face à la désinformation ainsi que sur la nécessité de développer des compétences européennes dans le domaine des nouvelles technologies. Les États membres devaient prendre conscience de l’ampleur des défis actuels et en tenir compte dans leurs budgets nationaux en ce qui concerne les dépenses nécessaires. Lors de l’échange qui a suivi, les membres du HCCFA ont souligné que la cohésion européenne est la réponse essentielle aux défis de notre époque.


Puis lors de l’échange avec Barbara Gessler, le HCCFA a abordé dans le même esprit la prochaine évaluation de la directive « Services de médias audiovisuels » (SMA), qui vise à garantir un accès équitable au marché et un équilibre entre les différents prestataires. Il a redit sa conviction qu’il ne s’agissait pas seulement d’un enjeu économique mais aussi politique, s’agissant d’être en mesure de parer la désinformation. En d’autres termes, l’UE se doit d’être résiliente face aux menaces hybrides tout en renforçant économiquement le secteur des médias, tant public que privé. Le HCCFA attend avec grand intérêt les résultats de cette évaluation et approfondira ensuite les échanges sur cette base.
Le dernier panel, autour du député fédéral allemand Roland Theis, a abordé les interactions entre le HCCFA et l’Assemblée parlementaire franco-allemande (APFA), indiquant le souhait partagé de poursuivre ces échanges et de développer des projets d’intérêt communs. Il importe en particulier de rechercher des synergies renforcées entre institutions culturelles des deux pays afin de mener à bien des projets communs malgré les contraintes budgétaires. Dans ce contexte, le HCCFA joue un rôle particulier qu’interlocuteur privilégié pour divers projets culturels franco-allemands, sans pour autant les soutenir financièrement. Les membres du HCCFA sont d’autant plus convaincus qu’il est de leur responsabilité de donner une plus grande visibilité à ces activités au niveau régional et fédéral.
© Ronka Oberhammer / DW Images